Dans la « salle des machines » du Qatar, où vivent les salariés immigrés que Doha ne veut pas voir

Entre 21h30 et le stade de cricket de la zone industrielle de Doha, Mohammed, affalé sur un pouf en cuir, ne dort pas. Son réveil sonne dans moins de six heures. Comme tous les autres jours de la semaine, il doit conduire la machine à asphalte à 4 heures du matin sur l’un des chantiers de construction de la capitale du Qatar.

Dans la fan zone lors du match Pologne-Mexique à Doha, au Qatar, le 22 novembre 2022.

Mais ce samedi 19 novembre, un Pakistanais vivant dans un village près de Peshawar, barbu et coiffé d’une casquette, ne peut détacher ses yeux de l’écran géant au milieu du terrain. Il diffuse une série de clips de danse et de rap indiens mettant en vedette des danseurs et des danseuses attrayants. mauvais garçon dans une déferlante de muscle, d’effets spéciaux et de décibels. “C’est la première fois que je vois quelque chose comme ça”, avoue le quadragénaire étourdi.

Lire Aussi :  Coupe du monde - Holger Badstuber sur les Bleus : "La frontière est mince entre confiance et arrogance"

Organisé la veille de la Coupe du monde, le show aux allures de Bollywood a marqué l’ouverture d’une fan zone de travailleurs migrants à Doha, au sud-ouest de la capitale. Les travailleurs migrants, qui représentent environ 90% des trois millions d’habitants du pays, ont la possibilité de regarder des matchs depuis ce stade, tout comme les supporters étrangers qui se rassemblent au parc Al-Bidda près de la Corniche. Entre les deux diffusions, ces téléspectateurs peuvent jouer au foot sur les mini-terrains ou se rafraîchir au bar lounge.

A lire aussi : L’article est réservé à nos abonnés Coupe du monde façon Qatar : un écran plat planté dans le sable

Des milliers de travailleurs ont regardé la démonstration de force de l’Espagne contre le Costa Rica depuis les tribunes et la pelouse du stade mercredi soir. “J’ai couru après mon service, – dit Islam Hamad du Bangladesh, responsable de l’équipe du service technique de l’hôpital public. L’écran est immense, il permet de bien suivre les mouvements. L’ambiance était géniale. »

“L’organe vital mais malade de Doha”

Avec son rugissement, son système sonore assourdissant et ses effets d’éclairage, la fan zone apportera la fièvre de la Coupe du monde dans les banlieues normalement mornes et négligées de Doha. Un labyrinthe d’usines, d’ateliers de réparation, d’entrepôts et de dortoirs ouvriers ; un parking pour bulldozers, camions-citernes et chariots élévateurs… la salle des machines du Qatar, une zone industrielle réservée aux hommes. Un endroit où personne ne voit, mais où tout le monde en profite : invisible et important.

Lire Aussi :  Une ancienne assistante de Nasser Al-Khelaïfi a saisi le conseil des prud'hommes, beIN dénonce une tentative de chantage
Dans la fan zone lors du match Pologne-Mexique à Doha le 22 novembre 2022.

Alors que le reste de la ville présente une propreté maniaque, elle est encombrée de sable et de poussière. Dans un pays fier de ses gratte-ciel, la zone industrielle construite à l’horizontale est l’envers du décor de West Bay, un quartier d’affaires aux tours hypermodernes ; Coupe du monde sur fond brillant vendue dans des vidéos promotionnelles. “C’est l’un des organes importants de Doha, mais c’est un organe malade”, explique Mustafa Qadri, directeur de l’organisation non gouvernementale “Equidem” spécialisée dans la protection des droits des travailleurs. Les responsables qatariens n’ont pas répondu à une demande de ce Le monde.

Il vous reste 71,24% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.

Lire Aussi :  ça se bouscule pour Aïssa Laidouni

Source

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Articles Liés

Back to top button