La solitude sonore du torero

La tauromachie est un art – le son, entre autres – et ce n’est donc pas un hasard s’il est prôné et célébré par les grands noms du théâtre.


Si la littérature, comme le dit Michel Leiris, est une bagarre de taureaux, il est bon de la relire, sinon d’être jamais d’accord les amoureux et leurs adversaires, le livret du poète et homme de théâtre José Bergamino: “Sound Solitude of the Toreador” (1981) dédié au toreador Rafael de Paula. L’écrivain espagnol explique poétiquement cet art mystérieux de combattre les taureaux à travers les grands personnages des toreros.

Le beuglement d’un taureau, des figures entrecoupées de sons de cloches, des applaudissements, des sifflets, des acclamations, des cris : il y a un grand bruit dans l’arène. Mais dans le cœur et l’esprit du torero, dit le poète, domine le silence de la pensée que l’œil du spectateur perçoit : “La Soledad sonore” —les mots sont de Jean de la Croix – ce ‘avecle silence de la mort” exigé parfois par le toréador lui-même avec le public pour réaliser des passages, et sères, ” qui se moquent et rient du danger ». En effet, loin d’être du folklore ou une technique, pour Bergamin, le torreo, comme le flamenco, est un art incroyable, visuel et musical, basé sur des figures réfléchies, rigoureuses, précises et laconiques : “la musique tue” né de l’émotion. Bien torate est un don, une grâce.

Lire Aussi :  «Le Requiem XIX, une œuvre engagée en réponse aux troubles de notre temps»

Le poète prétend. Toreo n’est pas de la “pornographie de la mort” ou un jeu de sport. Ce n’est pas une technique ni une émotion qui découlerait de Olles Publique. C’est un silence miraculeux né de la parfaite harmonie entre le taureau et le torero. C’est un exercice spirituel dans lequel le toréador « oublie son corps ». Par conséquent, le torero et le taureau doivent être bons. Un grand toréador n’est pas un lutteur, il « pense » avec son style ; il est « vrai » dans toutes ses passes — une passe de la main gauche, qu’on appelle « naturelle » — vrai, dans ses feintes et ses évasions ; il ne prend jamais le taureau par derrière, mais se place toujours sur sa ligne d’attaque. Alors, le torero risque sa vie. Il a donc toujours peur : du taureau, du public et de lui-même — peur de la peur. On peut donc dire qu’un vrai torero est celui qui entre littéralement, affreusement peur dans l’arène.

Lire aussi : Lettre d’un jeune matador français

Un bon taureau félicitations taureau– Interdit passer suivant le drap rouge. Il ne doit pas traîner derrière le toréador, comme un bœuf dans un sillon, forçant passage après passage à satiété. Quand tu es un taureau, passer ça ne charge pas. Un taureau brave est celui qui charge un toréador qui doit le faire charger en lui faisant espèces. Un taureau a aussi du style, mais contrairement à un toréador, il ne l’« invente » pas. Le taureau est traité comme un combattant : ses cornes ne sont pas taillées ; ses pouvoirs ne sont pas drogués; il meurt, bien sûr, mais après un combat, dans un combat loyal. Comme, notamment, il y a des toreros blessés ou perdus, il y a des taureaux épargnés : la logique du combat est respectée. Le poète consacre un beau chapitre à la mort “paresseuse et lente” de son ami, le grand torero Ignacio Sanchez Mejias, en 1974.

Lire Aussi :  le détective d'Idris Elba est de retour dans les premières images du film Netflix

Toreo est aussi un divertissement social. Car s’il reflète le “mundillo”, le petit monde les amoureux, il reflète aussi le “grand monde”, l’étape de notre vie. Les corridas sont “la course de nos vies” – lLydie—notre lutte avec le monde. Le livre de Bergamino montre une analogie entre la tauromachie et le théâtre, et ce n’est pas un hasard si l’acteur Denys Podalydès a écrit une belle histoire en 2010, précisément sur la relation entre la tauromachie et le théâtre. : « Peur, tyran. » Dans chaque Matamore, écrit l’acteur, il y a un matador. Un toréador sans taureau, n’éprouve-t-il pas lui-même la même peur qu’un toréador dans l’arène ? Quant au théâtre, lieu de l’imaginaire plus vrai que du réel, l’émotion devient silence sonore à travers les mots et au-delà des mots, et le public devient, si la pièce est réussie, des “gens” qui reflètent la société.

Lire Aussi :  il a un parfum d’hostie

On dira que tout est littérature. C’est la littérature qui nous oblige à faire un détour salutaire face à ce que nous vivons. Elle nous fait imaginer, sans pouvoir y entrer, le mystère, dans ce conflit qui se déroule dans l’arène. Un mystère qui, loin d’être typiquement espagnol, serait universellement partagé pour Bergamino.

Exilé par la résistance espagnole sous Franco, Bergamin a permis de son vivant, en tant que “joyeux toréador” de le dire et de le faire, dans ses oeuvres et ses écrits. Quant à Denys Podalydès, il a jusqu’à récemment défendu la tauromachie. Vous pouvez écouter ce qu’il a lu il y a quelques années, sur culture française, de Le son de la solitude torero. Double plaisir : texte et voix.

« The Sound Solitude of the Torero », José Bergamin, édité par Greenfinch, 89 pp., 7,91 €

Vous venez de lire un article en libre accès.

Talker ne vit qu’à travers ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.

Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Source

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Articles Liés

Back to top button