Louvre, Grévin… Comment les musées français se protègent du vandalisme écolo

Le sourire de Mona Lisa se mérite. Ce lundi pour la Toussaint des dizaines de visiteurs se bousculent dans la file d’attente mise en place dans la salle des Etats du musée du Louvre, face à la Joconde. Pour admirer le portrait le plus célèbre du monde, il faudra patienter une dizaine de minutes, respecter la distance de sécurité délimitée par différentes cordes et surtout, ne pas s’attarder. “Ne bloquez pas la sortie de la file d’attente, veuillez dégager le couloir !” crie en anglais le jeune surveillant du musée, appelant à leur tour le groupe de touristes placé devant la sortie de file d’attente. “On travaille comme d’habitude : on observe les visiteurs, on voit si des groupes se forment ou des comportements étranges… S’il arrive quelque chose, on nous donne pour consigne d’isoler rapidement la personne et de faire en sorte qu’il y ait le moins de photos possible”, explique l’un des les gardiens ont expliqué à L’Express. De son côté, cinq de ses collègues observent de près le flux des visiteurs, analysant le moindre mouvement suspect. Et avec raison.

En mai dernier, un homme de 36 ans habillé en femme et assis dans un fauteuil roulant a soudainement quitté la foule et a jeté un gâteau à la crème fouettée sur une planche, exhortant les visiteurs à “penser à la Terre”. “Il y a des gens qui détruisent la Terre. […] c’est pourquoi j’ai fait ça. Pensez à la planète !”, avait-il déclaré avant son arrestation. Protégé depuis 2005 derrière une vitre blindée, le tableau de Léonard de Vinci du XVIe siècle n’a pas été endommagé, et quelques jours plus tard le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête pour “tentative dégradation des biens culturels”. Mais depuis, les conservateurs de musées sont plus prudents que jamais. “Nous avons tous entendu parler d’activistes pour le climat essayant de dégrader des peintures. Nous sommes prudents, mais le risque zéro n’existe pas », indique l’un d’eux. D’autant que toutes les œuvres exposées au Louvre n’ont pas de verre blindé. « Nous effectuons des visites, nous sommes prêts à agir très rapidement si un problème survient. Mais on n’est jamais sûr de rien… Si quelqu’un saute dans l’image, malheureusement on ne peut pas le prévoir”, déplore un autre.

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Les gardiens du plus grand musée d’Europe sont conscients que la dégradation de certaines œuvres pendant quelques semaines est une menace bien réelle. Dimanche dernier, la direction du musée d’Orsay, à moins d’un kilomètre, a porté plainte pour “tentative de dégradation volontaire d’une œuvre d’art”, après qu’une jeune femme a tenté de vandaliser plusieurs tableaux exposés trois jours plus tôt. Alors que le musée ne souhaite pas communiquer davantage sur le sujet, le journal Parisien confirme que ce visiteur aurait d’abord l’intention de collerAutoportrait à Saint Rémy Van Gogh, avant Gauguin, a essayé de jeter de la soupe sur la toile – un processus identique aux dernières actions de divers militants écologistes à travers l’Europe.

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“Sécurité maximale”

En plein été, les militants du collectif italien Ultima Generazione ont collé leurs mains au pied de lit Groupe Laocoon, sculpture exposée au musée Pio-Clementino au Vatican, pour exiger la fin de l’exploitation du gaz et du pétrole. Mi-octobre, des militants du mouvement écologiste Just Stop Oil ont versé de la soupe de tomates sur le chef-d’œuvre Tournesols Van Gogh exposé à la National Gallery de Londres – et protégé par du verre – tandis que d’autres se sont collés au verre protecteur du tableau quelques jours plus tard La fille à la perle Vermeer, exposé au Mauritshuis de La Haye (Pays-Bas). Les mêmes scènes au Melbourne Art Museum (Australie), où des membres du collectif écologiste Extinction Rebellion ont collé leurs mains pour protéger la peinture en plexiglas Massacre en Corée Picasso, ou au Muséum d’histoire naturelle de Berlin, où deux militantes se sont collées dimanche dernier à un pilier soutenant un squelette de dinosaure vieux de plus de 60 millions d’années.

Dans un tel contexte, comment protéger les œuvres inestimables exposées dans les musées français ? Interrogées par L’Express, la plupart des grandes institutions nationales n’ont pas voulu dévoiler les détails de leurs dispositifs de sécurité afin de ne pas les dévoiler au grand public. “Mais je peux vous assurer que la sécurité est maximale”, rejette l’agent de sécurité chargé de fouiller les visiteurs à l’entrée du musée du Louvre. “Tout le monde passe par le détecteur de métaux, et les sacs sont déposés un par un sur le tapis roulant pour inspection. Aucune arme, objet pointu ou bouteille en verre ne passe”, précise-t-il. Pour les visiteurs qui tentent de revenir avec de la nourriture à la main, celle-ci sera jetée. Or, avec “30 000, voire 40 000 ou 50 000 visiteurs par jour”, il peut arriver qu'”un sandwich au fond d’un sac ou une bouteille d’eau en plastique passe les contrôles”, avoue l’agent de sécurité.

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Le Louvre-Lens, de son côté, précise avoir “ordonné à ses équipes de sécurité de redoubler de vigilance dans les espaces d’exposition et aux portes d’entrée”. Les contrôles, qui sont “déjà systématiques, notamment par scan des effets personnels, ont été intensifiés”, selon l’institution. Au musée Grévin, le directeur général Yves Delhommeau explique avoir demandé à ses équipes de “fouiller les sacs encore plus minutieusement” qu’à l’accoutumée à l’entrée du parcours de visite, où deux agents de sécurité supplémentaires ont également été déployés. En cette période de forte fréquentation due aux vacances scolaires, “quatre à cinq” surveillants supplémentaires contrôlent également le flux des visites. Tandis que la reproduction en cire du roi Charles III. Installé il y a quelques semaines au musée Madame Tussauds de Londres, le réalisateur craint que des “figures emblématiques”, comme le président de la république, ne soient visées par des militants écologistes. Déjà, la statue représentant le président russe Vladimir Poutine a été récemment retirée du parcours de visite “pour éviter toute dégradation” – en 2014, elle a été poignardée par une militante des Femen.

« Accentuation de l’appareil »

Mais pour d’autres responsables du musée, comme Bruno David, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Paris, ces récentes incursions “ne justifient pas des mesures de sécurité supplémentaires”. “Nous avons déjà des gardes et des filtres à l’entrée. En cas d’action, nous prônerons le dialogue pour ne pas aggraver le problème et endommager les œuvres individuelles dans la galerie”, explique-t-il. D’autant que pour la protection des oeuvres “il existe déjà des dispositifs très lourds et de très haute qualité dans les musées français, avec une surveillance humaine accrue, des dispositifs de vidéoprotection, des barrières de distanciation, des détecteurs de mouvement”, rappelle Guy Tubiana, conseiller expert en sécurité des musées en France. . “Evidemment, il y a eu une multiplication des dispositifs dans différents musées de France, mais on ne peut pas en dire plus pour des raisons évidentes”, a précisé pour L’Express ce commandant de police, notamment chargé de prévenir et de contrôler d’éventuelles actions. intention malveillante, vol, détérioration ou commerce illégal de biens culturels.

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Mais l’expert le reconnaît : malgré tous les efforts, “on ne peut pas entrer dans la configuration de l’aéroport et fouiller chaque visiteur pour s’assurer qu’il n’a pas caché un tube de colle dans ses vêtements”. Malgré des dispositifs de surveillance “extrêmement solides et très professionnels”, pouvant atteindre un prix de “plusieurs millions d’euros par an et par musée”, “une personne déterminée et bien organisée pourra toujours arriver à son but et dégrader le travail”, confirme Laurent Parise, directeur commercial et actionnaire de l’agence de sécurité francilienne DPSA, qui travaille notamment avec le Musée du Luxembourg, le Musée Jacquemart André et le Musée Maillol. Pour son collègue Steeve Fontaine, co-fondateur de 3SA Conseils, spécialisée dans la gestion des risques d’accueil du public pour différents musées et lieux de spectacles, “le plus important désormais est d’investir dans l’humain”. “La surveillance humaine est la seule qui puisse analyser les signaux faibles d’une éventuelle attaque, comme les vêtements portés par des militants, des groupes qui se forment soudainement, des regards superficiels ou un parcours de visite qui pointe vers un emploi”, estime-t-il.


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